Renault Espace 30 ans

Le Renault Espace f?

L'Espace à trente ans. Et comme beaucoup de jeunes gens, j'ai passé vingt ans à ses côtés. Mes parents ont été parmi les premiers à acheter un Renault Espace en 1984. A l'époque, le concept était révolutionnaire. Certes, la R4 disposait d'un hayon et d'un plancher plat. Certes, la R16 avait une banquette rabattable, qui pouvait être suspendue au plafond (!). Mais jamais un véhicule n'avait aussi bien réussi le mélange délicat entre berline, break, et van.

1984. Nous habitions à Athènes. C’était le seul Espace du pays, au point que le réseau Renault ne savait pas forcément comment s’y prendre lors des réparations. La voiture attirait les foules dés qu’on s’arrêtait quelque part, c’était impressionnant. Le logo Renault était si petit que peu de gens se doutaient de ce que c’était. Il faut dire que les taxes étaient de 300% sur les automobiles neuves, et qu’un véhicule de 2.0 litres était déjà une grosse voiture. Car un des coups de génie de Renault, c’est d’avoir placé un gros moulin sous le petit capot. Loin des Matra Rancho au moteur 1,4litres, le Renault promettait 175 km/h chrono. Une vitesse qui, trente ans après, vous ferait perdre votre permis en moins de temps qu’il ne faut pour le dire…

Etant enfant, je trouvais le concept de monospace très agréable. Mes camarades pouvaient à peine distinguer la route sur la banquette étriquée d’une berline anonyme. La voiture de mon Papa, elle pouvait aller dans l’Espace. A défaut, il traversait l’Europe à 160 de moyenne. Un jour, il est tombé sur des policiers autrichiens moins compréhensifs. « C’est cher », affirma mon père lorsqu’il prit connaissance du montant de l’amende. « Oui, mais à 120 c’est gratuit ». Comme quoi, on peut être drôle, et autrichien.

L’enfant que j’étais a grandi. Il est temps de conduire les deux premières générations d’Espace, identiques à celles ayant bercé mon enfance : moteur essence, et finition haut de gamme TSE puis RXE. Cette dernière se caractérisait par un équipement très complet pour l’époque, avec même deux petites valises qui prenaient place au-dessus des passages de roues arrière. Par le jeu des options, on pouvait recevoir un équipement normalement réservé aux grandes berlines, comme l’ABS, la suspension pneumatique, la sellerie cuir, ou le chargeur de 6CD à commande au volant. Aujourd’hui, alors que je teste ce concept très innovant pour l’époque, je me demande comment faisait Papa. La position de conduite est digne d’un char Patton, avec un levier de vitesses trop bas, un volant horizontal, et les jambes pliées. Notre exemplaire est le quatrième sorti des chaines, et n’a jamais été restauré. Il a fort bien surmonté le poids des ans, y compris l’intérieur aux camaïeux de beiges : kitsch, mais sympa. L’exemplaire d’à côté, en plus d’être (difficilement) motorisé par un souffreteux turbo diesel, offre un habitacle gris d’une tristesse rare. Ces deux versions furent rapidement épaulées par un modèle à quatre roues motrices en 1988. Elles furent remplacées par l’Espace II en 1991, qui se démarquait par sa ligne très soumise à la mode du « biodesign » : la courbe remplaçait l’angle. Il fut le premier monospace proposé en version V6, à l’époque le PRV avec 153ch.

Point de V6 aujourd’hui mais un modèle essence de 1994 en finition « grand écran », c’est à dire un modèle haut de gamme. L’exemplaire en question fut le plus agréable à utiliser, entres autres grâce à sa boite automatique. Non seulement cette dernière vous épargne une boite manuelle peu agréable, mais en plus elle libère la jambe gauche et sollicite moins la jambe droite. Le frein moteur est étonnamment présent, et l’ensemble colle mieux à la philosophie tranquille du vaisseau. L’odeur de cet exemplaire est rigoureusement la même que celle de mon enfance.

Rappelons que moyennant la somme astronomique de 220.000 Francs, mon père avait eu des équipements aujourd’hui banals comme l’alarme et les quatre vitres électriques… mais surtout des incroyables enjoliveurs de roues en Alu qui tombaient régulièrement et coutaient une blinde. La génération suivante, sortie en 1997, diffère grandement, mais la puissance n’ayant pas bougé depuis ses débuts, l’ensemble parait mou. L’intérieur avec sa « huche à pain » est encore une fois une trouvaille de chez Matra. Plus que jamais, l’Espace se transforme, et passe du statut d’automobile, à celui de deuxième salon. Un état d’esprit qui pourrait être confirmé par la venue de la cinquième génération en Octobre 2014. Finalement, la meilleure des solutions dans cette auto, c’est d’être passager. Ce n’est pas l’enfant que j’étais qui va vous contredire…

Auteur : Adrien Malbosc

Photographe : Elvira Vermeulen

 

 

Benoit Alves

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