Ainsi, les chansons françaises faisant mention d’automobiles de pays étrangers devront être soit réécrites, soit adaptées. Pour ce faire, les artistes devront se conformer à de nouvelles obligations comme la restriction des anglicismes, mais également de toute publicité ou référence à des constructeurs automobiles étrangers.
« Notre mission est de soutenir l’existence de nos constructeurs historiques sans négliger l’émergence et le développement des petits ou nouveaux constructeurs automobiles français, favoriser leur égalité dans le paysage audiovisuel français, peu importe leur motorisation, leur cylindrée et leur catégorie », rassure le gendarme de l’audiovisuel.
Si certains artistes, par chance ou conviction, échappent à cette mesure, l’on pense notamment à Jul dans sa chanson
Parfum quartier : «
J’suis dans la Clio, j’écris mon texte dans l’quartier » ; à Lomepal qui chante dans
Citroën : «
Mais ça roule comme une Citroën Saxo » ; ou encore au groupe Octobre Rouge qui s’en sort relativement bien avec
DS : «
À bord de ma DS, amènes-y ta déesse/C’est sûr qu’elle dira yes, jette ta Mercedes » ; d’autres vont connaître le début des soucis.
C’est le cas pour de nombreux chanteurs français comme Hamza,
Sadio : «
Généralement, le bolide est allemand, et c’est un CLS », ou Soolking dans son featuring avec Niska dans
Balader : «
Ouh oui, elle veut l’faire dans l’Range Rover ».
Dans cette liste non exhaustive, notons le cas complexe de SDM –
Bolide allemand qui pousse ce refrain : «
Volume, j’monte à fond (ah)
Grosse voiture allemande, démarrage, j’te mets à l’amende d’vant ta femme (oh-oh)
Moteur, c’est pas hybride, c’est V12
J’vais chercher ma baby en gros bolide allemand, eh, eh. »
Alexandre Martinat, président et fondateur de
Fréquence 3, s’inquiète d’une telle mesure et de son impact sur les radios à rayonnement local.
À la tête d’une des premières webradios françaises, qui émet notamment en Touraine et Loir-et-Cher, il entend cette initiative des plus louables, mais revendique la liberté de pouvoir choisir la musique sans rajouter d’autres critères iniques de diffusion : « Notre radio requiert de nombreux logiciels qui arrivent aujourd’hui tant bien que mal à répondre aux exigences du
CSA (
Arcom), mais si cette autorité nous demande de regarder les paroles de chansons, c’est une tout autre musique ».
Pour
Alexandre Martinat, il est hors de question de couper les passages litigieux, «
cela impliquerait, comme pour un doublage au cinéma, le recrutement de producteurs, d’auteurs et de linguistes chargés de trouver des correspondances équivalentes pour ne pas perdre la richesse de nos plus grands titres ».
Cela peut également poser de nombreux problèmes eu égard au «
respect des droits des auteurs et des artistes », commente Laure Kolitcheff, directrice du label de musique Monkey Tunes, qui avait déjà alerté sur le fait que les normes antipollutions rendaient les tournages de clip de musique suffisamment compliqués. Ce qui expliquerait pourquoi
« certains artistes, notamment des rappeurs français, s’étaient déjà tournés vers les modèles allemands. Car, il faut avouer que Mercedes-Benz, ça sonne mieux que Citroën », affirme la productrice.
Les anciens, comme Def Bond et K-Reen, n’échapperont pas non plus à cette mesure et devront réfléchir à une alternative à «
Au volant de ma Benz Merco flamb’ » dans leur célèbre titre
Tu me plais, sorti en 1998.
Booba sera dans l’injonction de retourner le clip de
92i Veyron avec une
Bugatti et non une
Lamborghini.
PLK dans la chanson Attentat devra changer l’extrait suivant : «
Pleins phares en Tesla », on peut d’ores et déjà lui suggérer «
Pleins phares en Secma ».
Même chose pour
Benjamin Biolay avec
Dans la Merco Benz, ou
Brigitte avec leur reprise de
Ma Benz et a fortiori pour
Joey Starr et
Kool Shen, qui profiteront sans doute de cette occasion pour retravailler ensemble et pourquoi pas refaire vivre le Suprême NTM.
Pas de chance non plus pour SCH, dans
Autobahn : «
Ghini-Lambo’, 47 AK, j’sors de la caisse, sapé comme un MAC [...] Pour garer l’Mercedes, il faut deux places ». En effet, les citations en verlan ou à demi-mot ne bénéficieront pas de dérogations et seront bel et bien comptabilisées.
Ainsi, les titres devront être réécrits sous peine de ne plus être diffusés. Toute nouvelle chanson enregistrée à partir d’avril 2023 devra prendre en compte cette mesure.
Les radios auront jusqu’à 2024 pour mettre à jour tout leur catalogue musical. «
Une exigence et des délais impossibles à tenir », soutient
Alexandre Martinat qui souligne encore une fois le caractère complexe que revêt cette particularité française.